jeudi 8 mai 2014

Les expos à ne pas louper (en 2013)


Oui, 2013, car je suis très, très en retard….


L’ange du bizarre. Le Romantisme noir de Goya à Max Ernst à Orsay

Je commence par celle qui m’a le plus marquée et pour laquelle, j’ai sélectionné le plus d’œuvres.

Comme l’indique son titre, le musée d'Orsay proposait de découvrir les multiples déclinaisons du romantisme noir, de Goya et Füssli jusqu'à Max Ernst et aux films expressionnistes des années 1920.


Ci-dessous, le texte présentant l’expo, car j’écrirais pas aussi bien et c’est déjà loin.

Dans les années 1930, l'écrivain et historien d'art italien Mario Praz (1896-1982) a mis en valeur pour la première fois le versant noir du romantisme, désignant ainsi un vaste pan de la création artistique qui, à partir des années 1760-1770, exploite la part d'ombre, d'excès et d'irrationnel qui se dissimule derrière l'apparent triomphe des lumières de la Raison.

Cet univers se construit à la fin du XVIIIe siècle en Angleterre dans les romans gothiques, littérature qui séduit le public par son goût du mystère et du macabre. Les arts plastiques emboîtent rapidement le pas : les univers terribles ou grotesques de nombreux peintres, graveurs et sculpteurs de toute l'Europe rivalisent avec ceux des écrivains : Goya et Géricault nous confrontent aux atrocités absurdes des guerres et naufrages de leur temps, Füssli et Delacroix donnent corps aux spectres, sorcières et démons de Milton, Shakespeare et Goethe, tandis que C.D. Friedrich et Carl Blechen projettent le public dans des paysages énigmatiques et funèbres, à l'image de sa destinée.

A partir des années 1880, constatant la vanité et l'ambiguïté de la notion de progrès, maints artistes reprennent l'héritage du romantisme noir en se tournant vers l'occulte, en ranimant les mythes et en exploitant les découvertes sur le rêve, pour confronter l'homme à ses terreurs et à ses contradictions : la sauvagerie et la perversité cachée en tout être humain, le risque de dégénérescence collective, l'étrangeté angoissante du quotidien révélée par les contes fantastiques de Poe ou de Barbey d'Aurévilly. En pleine seconde révolution industrielle ressurgissent ainsi les hordes de sorcières, squelettes ricanants, démons informes, Satans lubriques, magiciennes fatales… qui traduisent un désenchantement provocant et festif envers le présent.

Lorsqu'au lendemain de la Première guerre mondiale, les surréalistes font de l'inconscient, du rêve et de l'ivresse les fondements de la création artistique, ils parachèvent le triomphe de l'imaginaire sur le principe de réalité, et ainsi, l'esprit même du romantisme noir. Au même moment, le cinéma s'empare de Frankenstein, de Faust et des autres chefs-d'oeuvre du romantisme noir qui s'installe définitivement dans l'imaginaire collectif.

En revanche, je me suis un peu plus foulée pour retrouver quelques reproductions d’œuvres sur le web.

Johann Heinrich Füssli, la folie de Kate, 1806-07

Ary Scheffer, Léonore, les morts vont vite, 1830

Paul Delaroche, la femme de l’artiste sur son lit de mort, Louise Vernet, 1845

Ary Scheffer, Les ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et à Virgile, 1835

Franz Ludwig Catel, Moines à la chartreuse de San Giacomo à Capri,  1827-1830

Théodore Géricault, Scène de déluge, 1818-1820

Carl Blechen, Route de campagne en hiver au clair de lune, après 1829

Caspar David Friedrich, Rivage avec la lune cachée par des nuages, 1836

Karl Friedrich Lessing, Paysage montagneux, ruines dans une gorge, 1830

Charles-François Jeandel, Femme nue suspendue, cyanotype, vers 1890-1900

Gustave Moreau, Sirènes, 1882

Franz von Stuck, le Baiser du Sphinx, 1895

Carlos Schwabe, La Mort et le fossoyeur, 1895

Gustave Moreau, Galatée, 1880

Julien-Adolphe Duvocelle, Crâne aux yeux exorbités, 1904

Degouve de Nuncques, la maison rose, 1892

Charles Lacoste, la main de l’ombre, 1896

jeudi 5 décembre 2013

GENESIS, Sebastiào Salgado à la MEP


Une jolie expo de ce photographe brésilien jusqu’au 5 janvier 2014, pour nous sensibiliser sur la fragilité de notre planète.
Parmi toutes ces photos en noir et blanc, j’ai été plus touchée par les deux ou trois sur le parc du Simien en Ethiopie que j’avais visité l’année dernière.
 


C’est joli, mais cela ne vaut pas le coup de faire 3 heures de queue un week-end pour bouchonner devant les œuvres. Est-ce que cela vaut le coup de prendre un RTT ?

dimanche 24 novembre 2013

Escale à Bergen


Quand certains ont la tour Eiffel, Big Ben ou le Manneken-Pis, les Norvégiens ont eux, Munch !

J’ai pu avoir un apercu de cet héritage norvégien à Bergen, au musée de Kode, qui réunit une des plus grandes collections des oeuvres de Munch, en dehors d’Oslo. Et on la doit à Rasmus Meyer.


A part le cri, dont le musée a plusieurs versions, je ne connaissais pas très bien ce peintre. Alors que les oeuvres ne respirent pas la joie de vivre, j’ai été surprise de lire que le peintre avait été influencé par le vitalisme (après un séjour en clinique…).

En effet, la carrière de Munch, jalonnée par les dépressions, est d’abord marquée par un expressionnisme plutôt austère. Mais l’artiste évolue vers une forme plus optimiste de l’existence, le vitalisme donc. Les vibrations colorées et les coups de pinceaux vifs traduisent une énergie mentale intense, mais qui ne conduit pas automatiquement à un sentiment de destruction, mais plutôt à une renaissance spirituelle.

Bon ce n’est pas forcément evident dans les lithos ci-dessous.

Séparation II en 1896

Sick child I en 1896

Madonna en 1902

samedi 23 novembre 2013

La Renaissance et le Rêve au Musée du Luxembourg


La Renaissance a conféré aux songes une importance extraordinaire. Grâce au rêve, l’homme s’évade des contraintes de son corps et peut entrer en relation avec les puissances de l’Au-delà.
L’exposition explore donc la thématique du rêve à la Renaissance selon deux axes : d’abord l'évocation du dormeur, puis, plus difficile, la représentation du rêve lui-même.

Quelques œuvres exposées jusqu’au 26 janvier 2014

Veronese, la vision de sainte Hélène,  1575-78

Carracci, le songe de saint Catherine d’Alexandrie, 1600-01

Zucchi, Amour et Psyché, 1589

Bosch, Vision de l’Au-delà, 1505-10

lundi 14 octobre 2013

Pierrot le fou !


Après avoir lu un article paru dans les Inrocks, c’est avec une certaine curiosité que je me rends à la rétrospective consacrée à Pierre Huyghe à Beaubourg, officiellement histoire de dégourdir un peu mes jambes tout en soignant ma culture « art contemporain », officieusement histoire de me la péter devant les autres genre « j’ai été voir cette expo, car à la base j’adore ce type (que je connaissais pas il y a 15 jours), son travail me parle, m’émeut, je pourrais y rester des heures (j’ai dû y rester tout au plus 30 mn avec 10 mn d’envoi de SMS « tu fais quoi », « je suis dispo dans 10 mn », « je suis à un expo démente ») ». Point positif en arrivant : zéro queue, j’ai l’impression que l’expo m’a été réservée, il ne manque plus que le panneau « Dimanche 6 octobre, 14h, Session privée Pauline Raul, réouverture au public à 16h » (ils ont pu rouvrir à 14h30). Impression renforcée à l’entrée quand le jeune GO (Gentil Ouvreur) me demande mon prénom et se met à hurler comme un putois : « Pauliiinnne »… je me sens pousser des ailes (et piquer un fard), même Patrick Bruel peut aller se rhabiller. Première déception : mes oreilles et mes yeux perçoivent vite que – un – je ne suis pas seule dans l’expo, quelques VIP japonais et parisiens étant également de la partie – deux- le GO n’est pas un de mes (nombreux) fans mais est payé pour crier le prénom de chaque visiteur (j’espère également qu’on lui rembourse la cure de Strepsil qu’il doit sans doute faire le soir). Après réflexion, j’hésite à ressortir pour faire semblant d’aller aux toilettes et y retourner en disant au GO que je m’appelle « Salope » ou «Bandetouristalacon », prénoms très répandus en Bulgarie.


Trêve de plaisanterie, j’entre dans la première salle. Première erreur de ma part, j’ai pris le dépliant en Anglais, je ne suis pas anglophabète (très fière de ce néologisme), j’arrive à comprendre ce qu’il y a marqué dessus, c'est-à-dire pas grand-chose et c’est bien dommage car les œuvres ne sont accompagnées d’aucune explication, à l’exception de leur nom et de leur date. Je veux bien que les objets qui vont défiler sous mes yeux soient avant tout soumis à ma propre interprétation (et là je me dis qu’il faudrait que moi ou l’artiste fasse un tour à la Salpêtrière), que je dois me les approprier mais quand même… Pierrot, tu es encore en pleine force de l’âge, tu aurais pu faire un effort.

Bref, mes premiers pas se font hésitants, non pas parce que je me suis descendue trois pintes pour me donner du courage mais parce que je me retrouve nez à nez avec « une nature vivante » au sens propre… Je manque ainsi de me prendre sur la tête plusieurs litres d’eau s’écoulant du plafond, m’obligeant à raser le mur en espérant que la flotte n’atteigne pas mes chaussures en cuir toute neuves que je n’ai pas imperméabilisées. Après avoir vaincu les mini chutes du Niagara, je plonge tout droit dans… « Trente millions d’amis » (ça y est vous avez tous la chanson du générique en tête, vous me détestez) devant faire face à ce qui semble être un chien. A première vue, je me dis que l’empaillement est vraiment bien fait et que le chien a dû mourir de famine car il est maigrissime, on voit parfaitement le dessin de ses côtes, il est extrêmement pâle (traduction : ses poils sont blancs) sauf une de ses pattes, teinte en rose (la touche de l’artiste ou le chien appartenait à Roselyne Bachelot), et là je m’aperçois que les côtes en question bougent… le cleps respire encore, appelez les pompiers ! Le Rantanplan albinos et anorexique se met alors à faire quelques pas de côté, façon petit rat de l’Opéra de Paris, très élégant, mais je dois avouer que, passée la surprise, il me fait plus pitié qu’autre chose, il y a fort à parier que les défenseurs des droits des animaux vont y mettre leur (gros) grain de sable, si ce n’est déjà fait. Je crois d’ailleurs avoir aperçu Brigitte Bardot entamer une grève de la faim devant le centre Pompidou, ce qui ne servira à rien : d’ici le 6 janvier, date de fin de l’expo, elle aura à peine entamé ses réserves (oh je sais, je suis méchante).

A côté du chien, je découvre une autre œuvre, un homme l’air déprimé assis en train de lire un livre, en position du Penseur de Rodin, une balafre sur le visage façon Frankenstein ou Franck Ribéry. Je ne le vois malheureusement pas sur le dépliant, première hypothèse : il s’agit d’un touriste qui s’est auto-érigé en œuvre d’art. Seconde hypothèse, plus plausible, cela fait 15 jours qu’il se fait chi.. à surveiller que le chien n’ait pas des envies de fuite (dans tous les sens du terme…) ou qu’un touriste chinois ne se barre pas avec pour se faire un petit apéro avant le canard laqué. J’hésite à lui demander son nom et sa date de création mais ne le fais pas au risque de m’en pendre une bonne.

La salle « nature vivante » n’en a pas fini avec ses surprises puisque derrière Rantanplan et Francky j’entends des Bzzz Bzzz, Bzzz, non ce n’est pas un téléphone avec la sonnerie de Maya l’abeille mais bien… un essaim de milliers de Maya recouvrant la tête d’un homme (une statue je précise… enfin j’espère). Je déconseille donc cette salle pour ceux qui ont la phobie de ces insectes ou qui en sont allergiques ; même si l’essaim est assez éloigné, on ne sait jamais, au bout d’un moment y’en a peut-être une, en pleine rébellion, qui voudra changer de tête…

Au moins, Pierre Huyghe a réussi son coup, ce premier espace ne laisse pas de marbre, ça change de la classique nature morte, avec ses fruits et ses fleurs gentiment disposés dans des vases ou des paniers.
Malheureusement la suite s’avère moins interpellante, un peu sans queue ni tête, même si non dénuée d’intérêt. Des photos et films jalonnent l’exposition, on y découvre aussi une patinoire noire, divers aquariums où se côtoient végétaux, araignées de mer et Bernard-l’hermite (qui représentait son frère, Thierry, retenu sur un tournage… ok je vais me coucher).

Je ne vais pas tout vous dévoiler (et je dois avouer que je n’ai pas prêté attention à tout), les amoureux de l’artiste y trouveront sans doute leur compte, d’autres, comme moi, resteront plus perplexes ou avec un léger sentiment de frustration, le désir, ou plutôt la curiosité, d’en savoir plus sur les dessous de ces œuvres (et de Francky, surtout).

Pierre Huyghe, Centre Pompidou, Jusqu'au 6 janv.

mercredi 2 octobre 2013

Sergio Larrain


Vagabondages, à la fondation Henri Cartier-Bresson (jusqu’au 22 décembre)


Je ne vous raconterai pas la raison pour laquelle j’ai atterri à cette expo. Mais tout compte fait, ce fut plutôt un heureux hasard.

L’exposition se concentre essentiellement sur les œuvres des années 1950-1960 de cet énigmatique photographe chilien (1931-2012).
Engagé par Henri Cartier-Bresson, il publie de nombreux photoreportages pour l’agence Magnum, qui l’amènent à voyager partout dans le monde. Mais, les exigences de ce type de journalisme ne lui convenant pas, il décide finalement de rentrer au Chili, où il choisit de vivre tel un ascète, presque mystique.

Que ce soit à ces débuts, lors de ces reportages pour Magnum, ou après s’être retiré au Chili, son principal sujet d’intérêt reste les enfants des rues, dont les clichés montrent son envie illusoire de changer les choses.

« Je crois que la pression du monde journalistique – être prêt à sauter sur n’importe quel sujet – détruit mon amour et ma concentration pour le travail »

« Une bonne photographie vient d'un état de grâce. La grâce vient lorsqu'on est libéré des conventions, des obligations, de la compétition : être libre comme un enfant dans ses premières découvertes de la réalité. »


Les filles du pêcheur, Los Horcones, Chili, 1957


Pisac, Pérou, 1960


Village sur la route du Machu Picchu, 1957


Trafalgar square, Londres, 1958-1959


Rue principale, Corleone, Sicile, 1959