lundi 14 octobre 2013

Pierrot le fou !


Après avoir lu un article paru dans les Inrocks, c’est avec une certaine curiosité que je me rends à la rétrospective consacrée à Pierre Huyghe à Beaubourg, officiellement histoire de dégourdir un peu mes jambes tout en soignant ma culture « art contemporain », officieusement histoire de me la péter devant les autres genre « j’ai été voir cette expo, car à la base j’adore ce type (que je connaissais pas il y a 15 jours), son travail me parle, m’émeut, je pourrais y rester des heures (j’ai dû y rester tout au plus 30 mn avec 10 mn d’envoi de SMS « tu fais quoi », « je suis dispo dans 10 mn », « je suis à un expo démente ») ». Point positif en arrivant : zéro queue, j’ai l’impression que l’expo m’a été réservée, il ne manque plus que le panneau « Dimanche 6 octobre, 14h, Session privée Pauline Raul, réouverture au public à 16h » (ils ont pu rouvrir à 14h30). Impression renforcée à l’entrée quand le jeune GO (Gentil Ouvreur) me demande mon prénom et se met à hurler comme un putois : « Pauliiinnne »… je me sens pousser des ailes (et piquer un fard), même Patrick Bruel peut aller se rhabiller. Première déception : mes oreilles et mes yeux perçoivent vite que – un – je ne suis pas seule dans l’expo, quelques VIP japonais et parisiens étant également de la partie – deux- le GO n’est pas un de mes (nombreux) fans mais est payé pour crier le prénom de chaque visiteur (j’espère également qu’on lui rembourse la cure de Strepsil qu’il doit sans doute faire le soir). Après réflexion, j’hésite à ressortir pour faire semblant d’aller aux toilettes et y retourner en disant au GO que je m’appelle « Salope » ou «Bandetouristalacon », prénoms très répandus en Bulgarie.


Trêve de plaisanterie, j’entre dans la première salle. Première erreur de ma part, j’ai pris le dépliant en Anglais, je ne suis pas anglophabète (très fière de ce néologisme), j’arrive à comprendre ce qu’il y a marqué dessus, c'est-à-dire pas grand-chose et c’est bien dommage car les œuvres ne sont accompagnées d’aucune explication, à l’exception de leur nom et de leur date. Je veux bien que les objets qui vont défiler sous mes yeux soient avant tout soumis à ma propre interprétation (et là je me dis qu’il faudrait que moi ou l’artiste fasse un tour à la Salpêtrière), que je dois me les approprier mais quand même… Pierrot, tu es encore en pleine force de l’âge, tu aurais pu faire un effort.

Bref, mes premiers pas se font hésitants, non pas parce que je me suis descendue trois pintes pour me donner du courage mais parce que je me retrouve nez à nez avec « une nature vivante » au sens propre… Je manque ainsi de me prendre sur la tête plusieurs litres d’eau s’écoulant du plafond, m’obligeant à raser le mur en espérant que la flotte n’atteigne pas mes chaussures en cuir toute neuves que je n’ai pas imperméabilisées. Après avoir vaincu les mini chutes du Niagara, je plonge tout droit dans… « Trente millions d’amis » (ça y est vous avez tous la chanson du générique en tête, vous me détestez) devant faire face à ce qui semble être un chien. A première vue, je me dis que l’empaillement est vraiment bien fait et que le chien a dû mourir de famine car il est maigrissime, on voit parfaitement le dessin de ses côtes, il est extrêmement pâle (traduction : ses poils sont blancs) sauf une de ses pattes, teinte en rose (la touche de l’artiste ou le chien appartenait à Roselyne Bachelot), et là je m’aperçois que les côtes en question bougent… le cleps respire encore, appelez les pompiers ! Le Rantanplan albinos et anorexique se met alors à faire quelques pas de côté, façon petit rat de l’Opéra de Paris, très élégant, mais je dois avouer que, passée la surprise, il me fait plus pitié qu’autre chose, il y a fort à parier que les défenseurs des droits des animaux vont y mettre leur (gros) grain de sable, si ce n’est déjà fait. Je crois d’ailleurs avoir aperçu Brigitte Bardot entamer une grève de la faim devant le centre Pompidou, ce qui ne servira à rien : d’ici le 6 janvier, date de fin de l’expo, elle aura à peine entamé ses réserves (oh je sais, je suis méchante).

A côté du chien, je découvre une autre œuvre, un homme l’air déprimé assis en train de lire un livre, en position du Penseur de Rodin, une balafre sur le visage façon Frankenstein ou Franck Ribéry. Je ne le vois malheureusement pas sur le dépliant, première hypothèse : il s’agit d’un touriste qui s’est auto-érigé en œuvre d’art. Seconde hypothèse, plus plausible, cela fait 15 jours qu’il se fait chi.. à surveiller que le chien n’ait pas des envies de fuite (dans tous les sens du terme…) ou qu’un touriste chinois ne se barre pas avec pour se faire un petit apéro avant le canard laqué. J’hésite à lui demander son nom et sa date de création mais ne le fais pas au risque de m’en pendre une bonne.

La salle « nature vivante » n’en a pas fini avec ses surprises puisque derrière Rantanplan et Francky j’entends des Bzzz Bzzz, Bzzz, non ce n’est pas un téléphone avec la sonnerie de Maya l’abeille mais bien… un essaim de milliers de Maya recouvrant la tête d’un homme (une statue je précise… enfin j’espère). Je déconseille donc cette salle pour ceux qui ont la phobie de ces insectes ou qui en sont allergiques ; même si l’essaim est assez éloigné, on ne sait jamais, au bout d’un moment y’en a peut-être une, en pleine rébellion, qui voudra changer de tête…

Au moins, Pierre Huyghe a réussi son coup, ce premier espace ne laisse pas de marbre, ça change de la classique nature morte, avec ses fruits et ses fleurs gentiment disposés dans des vases ou des paniers.
Malheureusement la suite s’avère moins interpellante, un peu sans queue ni tête, même si non dénuée d’intérêt. Des photos et films jalonnent l’exposition, on y découvre aussi une patinoire noire, divers aquariums où se côtoient végétaux, araignées de mer et Bernard-l’hermite (qui représentait son frère, Thierry, retenu sur un tournage… ok je vais me coucher).

Je ne vais pas tout vous dévoiler (et je dois avouer que je n’ai pas prêté attention à tout), les amoureux de l’artiste y trouveront sans doute leur compte, d’autres, comme moi, resteront plus perplexes ou avec un léger sentiment de frustration, le désir, ou plutôt la curiosité, d’en savoir plus sur les dessous de ces œuvres (et de Francky, surtout).

Pierre Huyghe, Centre Pompidou, Jusqu'au 6 janv.

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