Pour cette expo, j'étais accompagnée de ma sœur, Pauline. Je lui laisse la parole :
"Je
redoute toujours les appels les vendredi soir ou la veille d'un jour férié de la part de ma soeur qui a toujours le don
de me faire des propositions de sortie qui, à défaut de sortir du commun des
mortels, sont souvent mortelles... dans tous les sens du terme. Je taquine, je
taquine...
Mais pour vous planter un peu le décor, la dernière échappée belle "made in
Julienne" à laquelle j'ai eu droit fut une ballade pédestre entre la gare de
"je ne sais plus le nom de ce patelin à 45 min de Paris en TER" et le
village de "je ne sais plus le nom de ce patelin à 45 min à pieds de la
gare TER du patelin d'avant" où nous pûmes admirer les hérissons écrasés
en longeant la route nationale, tout en humant les odeurs de pots d'échappement
sous un soleil de plomb. Bref, nous fîmes demi-tour au bout de 5km de goudron
forcé nous rendant compte qu'il nous fallait à peu près deux heures rien que pour
rejoindre le POINT DE DEPART de feu la ballade et qu'entre-temps nous risquions
de nous entretuer, Julienne manquant de me balancer ses chaussures à la tête. Ah
oui : je précise que j'ai le don de marcher aussi vite qu'une tortue unijambiste et que l'allure de
Julienne est plus proche de celle du "lapin Duracell".
Et quand
ce n'est pas une ballade bucolique aux paysages parfois dignes du périph'
parisien, l'alternative est la non moins
réjouissante sortie culturelle durant laquelle la tortue Pauline peut
soudainement se transformer en lièvre.
Rien ne sert courir dans un musée, il suffit de ne pas y entrer : tel a été
longtemps mon adage. Mais, consciente que, les années passant, ma culture
pouvait difficilement se limiter au hors
jeu en football ou aux vainqueurs du Tour de France depuis 1903, je décidai de
jouer l'ouverture en répondant peu à peu favorablement aux propositions
élitistes de Julienne. C'est ainsi qu'en ce lundi 30 avril 2012, elle put
entendre un "euh oui, pourquoi pas" dans le combiné de son
téléphone en retour à sa question : "ça te dit d'aller voir
l'exposition Modigliani à la Pinacothèque demain après-midi ?".
Le
rendez-vous était fixé à 15h00 pétante devant le musée. Première et heureuse
surprise : pour une fois la queue ne faisait pas 3 km de long d'autant plus que nous n'avions pas pris le
soin de prendre le fameux "coupe-fil" qui te permet de narguer tous
les touristes japonais ou les "seniors" (pour rester polie) qui tentent d'en acheter mais sur minitel. Toutefois, la queue a une utilité : repérer
les personnes accompagnées de ce
qu'il y a de plus redoutable dans ce
type d'expo interdite aux claustrophobes : les enfants ne dépassant le mètre
20. Essayer un tant soit peu de se
concentrer ou de faire semblant d'admirer une œuvre quelle qu'elle soit avec
des cris ou pleurs d'enfants te rappelant à la dure réalité de la vie relève de
l'exploit. J'ai déjà assez de mal à
rester plantée plus de 30 secondes devant un tableau ou une sculpture pour en
découvrir le détail qui tue (et que je trouve rarement), alors si vous me
rajoutez bébé et compagnie, c'est
fini... Les enfants ce sont comme les pets, on ne supporte que les siens : une théorie qui
se vérifie doublement dans un musée. Cette
fois-ci, deux bébés de moins de 6 mois ont été détectés par les oreilles
infaillibles de Julienne. Pas de bol, ils étaient à 20 m derrière nous. Nous mîmes
donc en place une stratégie qui nous semblait à peu près sûre : prendre nos
billets en donnant pile poil la monnaie, ne pas faire de pause pipi
"pré-expo" pour Julienne (son acte de bravoure de l'année) et
accourir vers l'entrée de
l'exposition en doublant discrètement
quelques "seniors" qui nous serviront ainsi de barrières anti-bébé
une fois entrées. Malheureusement pour
nous, notre précipitation nous a coûté cher : au lieu d'entrer chez Modigliani,
nous fûmes accueillies par des Mayas. Pour une fois je n'avais pas pris le
temps de googliser le nom de l'artiste avant
de me rendre à l'expo et mal m'en a
(presque) pris puisque, découvrant avec
un certain étonnement de drôles de masques illustrant les affiches placées à
l'entrée, je faillis demander à Julienne si Modigliani était l'archéologue qui
les avait découverts ou s'il en était un simple restaurateur... Demi-tour donc
et sprint vers la bonne entrée, où nous avons pu tout de même laisser la
marmaille à bonne distance.
Là
j'entre dans l'aspect fastidieux de mon récit
: la critique*. Comment vous dire... l'exposition s'appelle "Modigliani,
Soutine et l'aventure de Montparnasse", mais il faut savoir que si l'habit
ne fait pas le moine, le titre ne fait pas non plus forcément l'expo...
Utrillo, Valadon, Derain, Kisling : je déambule dans les premières salles de
l'expo à la recherche d'une peinture signée du fameux peintre italien et j'ai le droit aux
noms de "seconds couteaux" dont les œuvres ne cassent pas trois
pattes à un canard (que ces artistes m'excusent de la dureté de mon propos mais
sérieux, vous pouvez admirer des peintures d'un niveau à peu près similaire place du Tertre... et puis de toute façon ils ne m'en tiendront pas rigueur
puisqu'ils sont tous morts).
Bref Modigliani se fait attendre et l'intérêt des
premières salles réside avant tout dans les explications inscrites sur les
panneaux muraux devant lesquels les
visiteurs s'agglutinent, tournant hâtivement le dos à Utrillo et consorts. Nous
comprenons alors que les peintures en question sont issues d'une collection
d'un certain Jonas Netter, réalisée sur les conseils d'un marchand d'art
polonais répondant au doux et étonnement prononçable nom de Léopold Zborowski. Pour
ne pas tuer le suspense, je ne vous raconterai pas comment le Netter en question
a pu se procurer des peintures d'Amadeo Modigliani et de son pote de Montparnasse, Chaïm Soutine....
mais, pour les adeptes de Closer ou Voici , sachez que vous en aurez (quasi)
pour votre argent en découvrant des extraits inédits d'échanges entre Léopold, Jonas et leurs artistes un peu
(beaucoup) tourneboulés. Je dois avouer que cette plongée dans les petits
papiers de ces personnages hauts en couleurs s'avère un brin pédagogique, nous
aidant à mieux cerner le contexte dans lequel ont pu être réalisées les
différentes œuvres exposées sous nos yeux.
Par contre, au niveau des peintures en elles-mêmes, la déception est
plutôt de mise. Vous vouliez voir du
Modigliani ? Eh bien, Amadeo vous accueille dans un couloir de 10m2 pour vous
faire admirer une petite dizaine de peintures en tout et pour tout... un peu
mesquin, l'Italien ! En plus question diversité des sujets, on a vu mieux :
deux peintures sur trois devaient être un homme ou une femme assis sur une
chaise, les mains croisées sur les genoux, la bouche en forme de cul de poule
et la tête légèrement penchée sur la droite, tels des tétraplégiques à qui l'on
demandait de poser en forçant les traits de leur handicap. Il ne manquait plus
que le filet de bave sortant délicatement de la bouche et le tour était joué.
Je croyais avoir affaire avec The Artist, j'ai eu le droit à Intouchables**... A moins que cela soit une
conception alternative de la nature morte selon Modigliani.
Malheureusement
(ou heureusement) ma pseudo critique doit s'arrêter là, le "couloir de la
mort" ayant eu raison de ma concentration (et il est quasi minuit, Morphée
me tend ses bras). Je passe le relais à ma chère soeur dont l'œil plus averti
que le mien pourra vous conter la fin de l'expo (ou la reprendre depuis le
début) avec plus d'acuité. Julienne, ton avis, c'est maintenant !*** (et tant
que tu y es, merci de trouver un titre)
A la
prochaine (ou pas) !
Pauline
*euh, oui : à la
base, Julienne m'a invitée à intervenir sur son blog pour faire des critiques d'expo donc je suis bien obligée de me lancer
après vous avoir narré quelques broutilles...
** ok, elle est facile celle-là, vous avez le droit de
penser à vois haute "pfff, c'est nul..."
*** ok, elle est (re)facile celle-là, vous avez le droit
de(re) penser à vois haute "pfff, c'est nul..."
Modigliani, Soutine et l’aventure de
Montparnasse
A la Pinacothèque du 4 avril au 9
septembre 2012
Modigliani, Fillette en bleu, 1918
Modigliani, Fillette en robe jaune, 1917
Modigliani, Portrait de Soutine, 1916
Soutine, La folle, 1919
Soutine, L’escalier rouge à Cagnes, 1918




Morte de rire ! mais c'est tout de même aussi beau qu'un match de water polo ou une compétition de natation synchronisée !!
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