mercredi 30 mai 2012

Modigliani, Soutine et l’aventure de Montparnasse


Pour cette expo, j'étais accompagnée de ma sœur, Pauline. Je lui laisse la parole :

"Je redoute toujours les appels les vendredi soir ou la veille d'un jour férié  de la part de ma soeur qui a toujours le don de me faire des propositions de sortie qui, à défaut de sortir du commun des mortels, sont souvent mortelles... dans tous les sens du terme. Je taquine, je taquine... 
Mais pour vous planter un peu le décor,  la dernière échappée belle "made in Julienne" à laquelle j'ai eu droit fut une ballade pédestre entre la gare de "je ne sais plus le nom de ce patelin à 45 min de Paris en TER" et le village de "je ne sais plus le nom de ce patelin à 45 min à pieds de la gare TER du patelin d'avant" où nous pûmes admirer les hérissons écrasés en longeant la route nationale, tout en humant les odeurs de pots d'échappement sous un soleil de plomb. Bref, nous fîmes demi-tour au bout de 5km de goudron forcé nous rendant compte qu'il nous fallait à peu près deux heures rien que pour rejoindre le POINT DE DEPART de feu la ballade et qu'entre-temps nous risquions de nous entretuer, Julienne manquant de me balancer ses chaussures à la tête. Ah oui : je précise que j'ai le don de marcher aussi vite  qu'une tortue unijambiste et que l'allure de Julienne est plus proche de celle du "lapin Duracell".
Et quand ce n'est pas une ballade bucolique aux paysages parfois dignes du périph' parisien,  l'alternative est la non moins réjouissante sortie culturelle durant laquelle la tortue Pauline peut soudainement se transformer  en lièvre. Rien ne sert courir dans un musée, il suffit de ne pas y entrer : tel a été longtemps mon adage. Mais, consciente que, les années passant, ma culture pouvait difficilement se limiter au  hors jeu en football ou aux vainqueurs du Tour de France depuis 1903, je décidai de jouer l'ouverture en répondant peu à peu favorablement aux propositions élitistes de Julienne. C'est ainsi qu'en ce lundi 30 avril 2012, elle put entendre un "euh oui, pourquoi pas" dans le combiné de son téléphone  en retour  à sa question : "ça te dit d'aller voir l'exposition Modigliani à la Pinacothèque demain après-midi ?".

Le rendez-vous était fixé à 15h00 pétante devant le musée. Première et heureuse surprise : pour une fois la queue ne faisait pas 3 km de long  d'autant plus que nous n'avions pas pris le soin de prendre le fameux "coupe-fil" qui te permet de narguer tous les touristes japonais ou les "seniors" (pour rester polie)  qui tentent d'en acheter mais sur minitel.  Toutefois, la queue a une utilité : repérer les personnes  accompagnées de ce qu'il  y a de plus redoutable dans ce type d'expo interdite aux claustrophobes : les enfants ne dépassant le mètre 20.  Essayer un tant soit peu de se concentrer ou de faire semblant d'admirer une œuvre quelle qu'elle soit avec des cris ou pleurs d'enfants te rappelant à la dure réalité de la vie relève de l'exploit.  J'ai déjà assez de mal à rester plantée plus de 30 secondes devant un tableau ou une sculpture pour en découvrir le détail qui tue (et que je trouve rarement), alors si vous me rajoutez bébé et compagnie,  c'est fini... Les enfants ce sont comme les pets,  on ne supporte que les siens : une théorie qui se vérifie doublement dans un musée.  Cette fois-ci, deux bébés de moins de 6 mois ont été détectés par les oreilles infaillibles de Julienne. Pas de bol, ils étaient à 20 m derrière nous. Nous mîmes donc en place une stratégie qui nous semblait à peu près sûre : prendre nos billets en donnant pile poil la monnaie, ne pas faire de pause pipi "pré-expo" pour Julienne (son acte de bravoure de l'année) et accourir  vers l'entrée de l'exposition  en doublant discrètement quelques "seniors" qui nous serviront ainsi de barrières anti-bébé une fois entrées.  Malheureusement pour nous, notre précipitation nous a coûté cher : au lieu d'entrer chez Modigliani, nous fûmes accueillies par des Mayas. Pour une fois je n'avais pas pris le temps de googliser  le nom de l'artiste avant de me rendre à l'expo  et mal m'en a (presque) pris puisque,  découvrant avec un certain étonnement de drôles de masques illustrant les affiches placées à l'entrée, je faillis demander à Julienne si Modigliani était l'archéologue qui les avait découverts ou s'il en était un simple restaurateur... Demi-tour donc et sprint vers la bonne entrée, où nous avons pu tout de même laisser la marmaille à bonne distance.

Là j'entre dans l'aspect fastidieux de mon récit  : la critique*. Comment vous dire... l'exposition s'appelle "Modigliani, Soutine et l'aventure de Montparnasse", mais il faut savoir que si l'habit ne fait pas le moine, le titre ne fait pas non plus forcément l'expo... Utrillo, Valadon, Derain, Kisling : je déambule dans les premières salles de l'expo à la recherche d'une peinture signée du  fameux peintre italien et j'ai le droit aux noms de "seconds couteaux" dont les œuvres ne cassent pas trois pattes à un canard (que ces artistes m'excusent de la dureté de mon propos mais sérieux, vous pouvez admirer des peintures d'un niveau à peu près similaire place du Tertre... et puis de toute façon ils ne m'en tiendront pas rigueur puisqu'ils sont tous morts). 
Bref Modigliani se fait attendre et l'intérêt des premières salles réside avant tout dans les explications inscrites sur les panneaux muraux devant lesquels  les visiteurs s'agglutinent, tournant hâtivement le dos à Utrillo et consorts. Nous comprenons alors que les peintures en question sont issues d'une collection d'un certain Jonas Netter, réalisée sur les conseils d'un marchand d'art polonais répondant au doux et étonnement prononçable nom de Léopold Zborowski. Pour ne pas tuer le suspense, je ne vous raconterai pas comment le Netter en question a pu se procurer des peintures d'Amadeo Modigliani  et de son pote de Montparnasse, Chaïm Soutine.... mais, pour les adeptes de Closer ou Voici , sachez que vous en aurez (quasi) pour votre argent en découvrant des extraits inédits d'échanges entre  Léopold, Jonas et leurs artistes un peu (beaucoup) tourneboulés. Je dois avouer que cette plongée dans les petits papiers de ces personnages hauts en couleurs s'avère un brin pédagogique, nous aidant à mieux cerner le contexte dans lequel ont pu être réalisées les différentes œuvres exposées sous nos yeux.    
Par contre, au niveau des peintures en elles-mêmes, la déception est plutôt  de mise. Vous vouliez voir du Modigliani ? Eh bien, Amadeo vous accueille dans un couloir de 10m2 pour vous faire admirer une petite dizaine de peintures en tout et pour tout... un peu mesquin, l'Italien ! En plus question diversité des sujets, on a vu mieux : deux peintures sur trois devaient être un homme ou une femme assis sur une chaise, les mains croisées sur les genoux, la bouche en forme de cul de poule et la tête légèrement penchée sur la droite, tels des tétraplégiques à qui l'on demandait de poser en forçant les traits de leur handicap. Il ne manquait plus que le filet de bave sortant délicatement de la bouche et le tour était joué. Je croyais avoir affaire avec The Artist, j'ai eu le droit à  Intouchables**... A moins que cela soit une conception alternative de la nature morte selon Modigliani.
Malheureusement (ou heureusement) ma pseudo critique doit s'arrêter là, le "couloir de la mort" ayant eu raison de ma concentration (et il est quasi minuit, Morphée me tend ses bras). Je passe le relais à ma chère soeur dont l'œil plus averti que le mien pourra vous conter la fin de l'expo (ou la reprendre depuis le début) avec plus d'acuité. Julienne, ton avis, c'est maintenant !*** (et tant que tu y es, merci de trouver un titre)
A la prochaine (ou pas) !
Pauline
*euh, oui  : à la base, Julienne m'a invitée à intervenir sur son blog pour faire des critiques  d'expo donc je suis bien obligée de me lancer après vous avoir narré quelques broutilles...
** ok, elle est facile celle-là, vous avez le droit de penser à vois haute "pfff, c'est nul..."
*** ok, elle est (re)facile celle-là, vous avez le droit de(re) penser à vois haute "pfff, c'est nul..."


Modigliani, Soutine et l’aventure de Montparnasse
A la Pinacothèque du 4 avril au 9 septembre 2012

Modigliani, Fillette en bleu, 1918

  
Modigliani, Fillette en robe jaune, 1917


Modigliani, Portrait de Soutine, 1916


Soutine, La folle, 1919


Soutine, L’escalier rouge à Cagnes, 1918

1 commentaire:

  1. Morte de rire ! mais c'est tout de même aussi beau qu'un match de water polo ou une compétition de natation synchronisée !!

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